Economie du bien commun

11.07.2021

Christian Felber comprend le concept de l'économie du bien commun comme signifiant que les entreprises devraient être "obligées par le législateur à agir pour le bien commun et encouragées à coopérer" [1]. Christian Felber parle d'un renversement de la politique économique et trouve donc des partisans parmi les entrepreneurs qui tentent de faire des affaires autrement. Seulement, il les détourne de l'objectif de changer le système économique de l'intérieur. Christian Felber ne s'intéresse pas à une repolarisation du système économique lui-même vers le bien commun. Le bien commun doit être introduit dans l'économie depuis l'extérieur. L'expression "économie du bien commun" contribue elle-même à la confusion. Il ne s'agit pas d'une économie du bien commun, mais simplement d'une politique économique du bien commun. Mais ça serait moins séduisant.

La mise en œuvre concrète de l'économie du bien commun consiste à transférer le principe abstrait des notes scolaires à l'économie. Les entreprises peuvent être notées sur différents aspects. Afin de ne pas réduire l'ensemble à une note moyenne globale, les notes individuelles des différents aspects sont illustrées graphiquement. Mais en fin de compte, il s'agit d'une question de comparabilité et donc d'un principe qui est fondamentalement tout aussi inadapté à l'économie qu'à l'éducation moderne.

Économie du bien commun et triarticulation sociale
En abordant le fait de la division mondiale du travail, Rudolf Steiner montre que le bien commun et la coopération sont inhérents à la vie économique moderne elle-même. Cette économie inhérente au bien commun est contrecarrée par les États actuels, qui tentent de détourner le fait de l'économie mondiale au profit de leurs intérêts nationalistes. L'économie mondiale ne trouvera donc sa voie vers le bien commun que lorsqu'elle sera libérée de toute politique économique et pourra trouver sa voie vers elle-même. C'est ce que Rudolf Steiner entend par une vie économique associative. Avec cette véritable économie du bien commun, Rudolf Steiner s'oppose profondément à la politique économique du bien commun de Christian Felber.

Malgré cette différence fondamentale entre la tri-articulation sociale et l'économie du bien commun, beaucoup s'engagent dans les deux. Pour certains, c'est parce qu'ils veulent s'adresser en premier lieu à ceux qui sont intéressés par le bien commun. Dans la conversation, ils veulent trouver les moyens d'une vie économique associative et donc d'une véritable économie du bien commun. Pour les autres, à l'inverse, leur compréhension de la triarticulation sociale n'est pas suffisante pour percevoir la différence fondamentale avec l'approche de Christian Felber [2]. Cela n'est pas seulement vrai pour ceux qui, comme Gerald Häfner, se situent dans la tradition d'Achberg [3].

Économie du bien commun et politique monétaire
Les opinions de Christian Felber sur la politique monétaire présentent le même schéma que ses opinions sur la politique économique. Il voit le progrès dans l'accès croissant du législateur à la création de la monnaie [4]. En revanche, Rudolf Steiner insiste sur la nécessité d'une délégislation complète de l'argent, afin que les monnaies ne puissent plus être détournées au profit d'intérêts nationalistes.

Sylvain Coiplet
trad. F. Germani
état au 11.07.2021
original

Notes

1] Christian Felber : Nouvelles Valeurs pour l’économie, in : main visible – Interventionisme de l’état dans la crise du capitalisme, 2010, Karl Dietz Verlag Berlin, p. 175.

2] Cet objectif correspond à une présentation de Matthias Wiesmann à un groupe de travail berlinois pour l'économie du bien commun.

3] On en a eu un exemple frappant en 2017 lors de la réunion du réseau pour la triarticulation sociale à Achberg. Lors du débat de podium entre Christian Felber, représentant de l'économie du bien commun, et Gerald Häfner, représentant de la triarticulation sociale, il est apparu que Gerald Häfner était incapable d'expliquer la différence à son interlocuteur.

4] Christian Felber : ARGENTLes nouvelles règles du jeu, 2014, Deuticke.