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Un nouveau Czerniscisme n'a pas le permission de dissoudre l'ancien

01.02.1920

[824/01] La catastrophe mondiale a amené certaines personnalités à s'exprimer publiquement aujourd'hui dans un sens où, jusqu'à récemment, elles auraient considéré la dissimulation de leurs opinions comme un impératif de prudence. Les publications des hommes qui occupaient des postes de direction avant et pendant la période de la catastrophe peuvent servir de leçon au monde entier, qui pourra alors se dire que "l'histoire a été faite". Ce que l'on peut y vivre semble maintenant vraiment approprié pour ramener à la raison des humains qui, jusqu'à présent, avaient tendance à se bercer d'illusions sur ces pulsions de volonté. Dans le livre d'Ottokar Czernin "Dans la guerre mondiale", on peut lire : "Il est bien connu que le fil conducteur du personnage et de toute la pensée de Guillaume II était sa ferme conviction de sa "grâce divine" et des "sentiments dynastiques qui étaient enracinés dans le peuple allemand de manière irréductible". Bismarck croyait également au sentiment dynastique des Allemands. Il me semble qu'il n'y a pas plus un sentiment général de dynastie qu'un sentiment général républicain parmi les peuples, parmi les Allemands pas plus qu'ailleurs, mais seulement un sentiment de satisfaction ou d'insatisfaction, qui s'exprime pour ou contre la dynastie et la forme de gouvernement... Les monarchistes, qui, par fidélité ancestrale à la dynastie au pouvoir, se disputent le mérite, se trompent sur leurs sentiments ; ils sont monarchistes parce qu'ils considèrent cette forme de gouvernement comme la plus satisfaisante. Et les républicains, qui glorifient soi-disant la "majesté du peuple", font en fait référence à eux-mêmes. À long terme, cependant, un peuple se déclarera toujours en faveur de la forme de gouvernement qui lui apporte le mieux l'ordre, le travail, la prospérité et la satisfaction. Pour quatre-vingt-dix-neuf pour cent de la population, le patriotisme et leur enthousiasme pour une forme de gouvernement ou une autre sont toujours une question d'estomac.

[824/02] C'est l'attitude d'un homme dont on peut même dire qu'il n'est pas l'un des moins spirituels de tous ceux qui dirigent les affaires publiques. C'est l'opinion de l'homme qui, au nom de son monarque, a dirigé la politique étrangère autrichienne aux moments décisifs de l'histoire du monde. Ces déclarations éclairent la question suivante : comment des personnalités ayant une telle vision de la vie ont-elles pu atteindre des positions de premier plan à l'heure actuelle ? Un homme qui parle de cette manière n'a aucun sentiment pour les impulsions qui ont poussé les humains dans les communautés d'où la civilisation a émergé. Il n'a aucun sentiment pour les pouvoirs qui ont régné dans l'histoire. Elle est le résultat d'une évolution de l'époque qui a placé dans des postes de direction précisément ces personnalités qui ont perdu tout lien avec les idéaux de l'humanité.

[824/03] Czernin dit aussi : « La guerre perdue a balayé les monarques ». Maintenant, les événements du temps doivent aussi balayer les humains de son genre de la direction des affaires publiques. Mais il s’agit que le plus grand nombre possible d’humains vienne à la connaissance sur la raison pour laquelle des humains de ce genre pouvaient « faire l'histoire ». Le courant d'évolution de l'humanité, qui a porté de telles personnalités aux postes les plus importants de la vie publique, il avait une fois ses idées d’histoire du monde. Il en a fait l'Europe maintenant en déclin. On peut suivre ces idées depuis les temps dans lesquels du monde romain déclinant, cette Europe s’est formée. Il y avait là actives des motivations historiques qui ne se sont véritablement pas données comme « des questions d’estomac ». Mais ces motivations ont perdu leur justification dans les temps récents. Rlles dont, comme motivations spirituelles, depuis longtemps plus disponibles. Mais on vivait dans ces institutions qui en sont devenues, après qu’elles soient devenues une enveloppe vide dans laquelle une première fois l'esprit a régné. Et ces enveloppes vides promouvaient à leur administration des hommes remplis d'une vision de la vie sans contenu, sans idées, sans foi ; des hommes qui ont fait dans le patriotisme avec la conviction que, chez quatre-vingt-dix-neuf pour cent de la population, ce serait une « question de l'estomac ». La vérité est que ces institutions ont vu le jour à partir de motivations spirituelles, qui vont maintenant vers leur dissolution, parce qu’elles ont perdu leur vieil esprit, parce que ceux à qui était ouverte récemment la voie à la gouvernance étaient arrivés dans la pleine banqueroute d’une façon de voir la vie.

[824/04] Une connaissance devrait illuminer de l'expérience qui peut provenir de publications de la sorte de Czernin. Cette connaissance n'est pas encore là parmi ceux qui, sans faire appel à une nouvelle spiritualité, veulent reconstruire l'Europe qui s'effondre. Les décombres de l'ancienne stabilité sont comme les parties d'une armoire disloquée. On se tient devant ce qui est disloqué. On aimerait reconstituer de nouveau le tout avec toutes sortes de rubans et de sangles. Mais on ne remarque pas que les parties elles-mêmes sont devenues pourries.

[824/05] Les parties qui sont devenues pourries seront les structures dans lesquelles, selon une expression populaire, même les plus petits peuples pourront réaliser leur droit à l'autodétermination. Car elles doivent être pourries parce que les impulsions spirituelles qui, jadis, y déversaient la force de la vie ont disparu. Peu importe le nombre d'« États » fondés et reliés par une Société des Nations conçue de manière abstraite,, seront seules réunies, les parties pourries d'un ensemble, autrefois légitime qui était autrefois soutenu par un esprit qui n'est plus viable.

[824/06] La connaissance de ce contexte historique mondial est la condition préalable nécessaire à l'amélioration des conditions européennes. Les États des nations ne peuvent pas prospérer s'ils ne sont pas construits sur la connaissance de la mort de l'esprit dont les peuples qui leur appartiennent ont nourri leur vie spirituelle.

[824/07] C'est de cette connaissance qu’aimeraient partir ceux qui voient dans la « tri-articulation de l'organisme social » le chemin du salut hors de la tourmente actuelle. Ils sont convaincus que cette tri-articulation compte sur la nouvelle spiritualité qui doit d'abord vivre dans les peuples avant que l'on puisse penser à construire une nouvelle Europe.

[824/08] Les Czernines sont les successeurs de ceux qui ont jadis façonné l'Europe à partir d'idées. Mais les Czernines ont perdu les anciennes idées de leurs convictions, de leur foi, et n'en ont pas conquis de nouvelles. Il ne sera pas fructueux si les anciens Czernines sont balayés avec les anciennes institutions, sans que des personnes ayant un lien avec les forces motrices spirituelles de l'histoire du monde prennent leur place. Dans mes « Points fondamentaux de la question sociale » et à plusieurs reprises dans cet hebdomadaire, j'ai essayé de montrer comment, en changeant la pensée politique et sociale, les nouveaux Cernines se révèlent être les fidèles disciples des anciens. Il n'est pas fructueux quand à la place des anciens Czernines viennent de nouveaux drapés démocrates et socialistes, qui au fond aimeraient essentiellement créer un nouveau monde à partir des mêmes motivations de leur âme qui étaient les mêmes que celles qui ont maintenu l'Autriche pourrie. Czernin a travaillé dans l'Autriche dont il dit maintenant (à la page 41 de son livre) : « L'heure de l'Autriche-Hongrie était écoulée. » Il croit « que l'effondrement de la monarchie se serait produit même sans cette guerre. » Ainsi, après avoir eu une efficacité comme celle de Czernin derrière lui, seul un homme qui n'avait pas de véritable part intérieure dans le tumulte dans lequel il avait un rôle prépondérant peut parler. Une telle intériorité n'a pu lui venir que d'un sentiment pour les forces motrices du développement historique de l'humanité. Mais il a agi à partir d'institutions qui avaient perdu leur sens, leur esprit. Mais ils l'ont eu une fois. Ainsi doit l’avoir ce qui devrait apparaître sur les ruines de la vieille Europe. Un nombre suffisamment important de personnes doit en être convaincu. Sans cette conviction, seuls les fragments de l'ancien peuvent devenir un ensemble européen impossible en soi.

[824/09] Ce que les anciens disent maintenant montre clairement comment les nouveaux n’ont pas la permission de penser. Les Czernines sont les gens dans lesquels le monarchisme, le républicanisme, la démocratie et le patriotisme sont devenus une "idéologie". Ils ont été officiellement obligés de faire leurs actes au service de la monarchie et ils peuvent maintenant écrire (page 70 du Livre Czernicien) : « Il faudrait apprendre à tous les monarques que leur peuple ne les aime pas du tout, qu'au mieux ils leur sont complètement indifférents, qu'ils ne courent pas après eux par amour et ne les fixent pas par amour, mais par curiosité, qu'ils ne les acclament pas par enthousiasme, mais par divertissement et par "bousculade" et qu'ils siffleraient tout aussi volontiers, comme il se réjouit - qu'il n'y a pas la moindre dépendance à la "loyauté des sujets", qu'ils n'ont aucune intention d'être fidèles, mais veulent être satisfaits de leur tolérance envers les monarques tant qu'ils y sont incités par leur propre satisfaction ou, sinon, tant qu'ils n'ont pas la force de les chasser. Ce serait la vérité. » Tout esprit est devenu « idéologie » chez un homme qui agit au service d'un monarque avec l'opinion que c'est la vérité.

[824/10] Considérez ce qui se passerait si les institutions publiques étaient formées à partir d'une vision de la vie déjà construite sur l'idée que tout ce qui est spirituel serait « idéologie ». Chez les anciens Czernines, cette opinion s'est formée de manière semi-consciente ; ils s'y sont glissés, comme l'a fait l'Allemagne pendant la guerre mondiale, selon l’opinion de Tirpitz. Les nouveaux Czernines veulent reconstruire l'Europe dès le début sur la base de cette opinion. Cela n’aidera pas beaucoup que beaucoup d'entre eux - certainement pas tous - n'aient pas de mauvaise volonté en cela. Le facteur décisif dans l'histoire du monde n'est pas une bonne volonté abstraite qui ne soupçonne rien des véritables forces motrices de la vie, mais un aperçu vivant de la réalité.

Rudolf Steiner
Trad. FG v.01 - 08/08/2020